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« Big Bounce, Big Crunch, le souffle de Mahāviṣṇu »

Nous avançons tous en âge, chacun de nous défini par sa subjectivité temporelle au regard d’un univers qui nous semble quant à lui infini et intemporel.

L’est-il vraiment et pourquoi existons nous en lui ?

La vie quotidienne nous affaire loin de la réflexion profonde de notre justification d’existence. Le commun des mortels se noie dans un déroulement sans fin d’actions multiples censées être utiles à sa survie.
L’énergie et la conscience dépensées à la gestion de vivre nous laissent finalement peu de temps pour expérimenter avec confort la pertinence de notre vérité existentielle. C’est souvent dans les expériences intenses, heureuses ou douloureuses que nous nous approchons davantage d’elle, mais de façon filtrée par les émotions et non avec une pensée analytique et objective.
Pouvons-nous nous satisfaire du sens que nous donne le simple déroulement de notre vie ?

Les sages parlent depuis des milliers d’années de l’illusion que nous avons de la réalité. La fameuse Maya.
Scientifiques, philosophes, théologiens appréhendent le réel, soit par l’analyse intellectuelle, soit la symbolique afin de nous en donner une interprétation plus ou moins clarifiée.
« La science méditative » et la pratique yoguique sont d’autres moyens pour en avoir une approche.
Le méditant avancé n’est pas dupe de la subjectivité de ses expériences intuitives, toutefois, la maturité et la connaissance spirituelle qui vont de pair aiguisent suffisamment l’esprit et le corps pour leur permettre d’expérimenter des états de conscience non ordinaires et subtils de la réalité.

L’homme contemporain ayant accès au savoir sous tous ses aspects, parfois par la vulgarisation de ce dernier, est apte à se poser ces questions existentielles autant d’un point de vue scientifique et cosmologique que philosophique et spiritualiste.
Depuis des années, bon nombre de mes conférences ont toujours fait le parallèle entre le savoir millénaire yoguique et les théories scientifiques récentes, dans la limite bien sûr de ma compréhension de ces dernières.
Je voudrais donc revenir sur les concepts actuels qui tournent autour de la remise en question de la théorie du big bang et en comprendre ses analogies métaphysiques pour notre compréhension spirituelle.

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La théorie du Big bang formulée par le physicien et prêtre Georges Lemaitre en 1931, postulait un univers en expansion né d’un état initial ultra-dense. Tout en étant lui-même homme de foi, il réfuta immédiatement qu’il ne s’agissait pas là d’un dogme théologique mais d’une hypothèse physique vérifiable.
Cependant, la théorie du big bang implique « la philosophie du big bang » qui pose la rencontre entre la cosmologie scientifique et les questions fondamentales sur l’origine de l’univers, du temps, du début et du néant, et donc de nous dans ce film-là.
L’apparition de la théorie évolutive du big bang s’est faite dans un combat idéologique et scientifique au XXe s, puisqu’elle s’opposait radicalement au concept d’un univers stationnaire.

Quel dilemme philosophique cela posait-il ?
Soit l’univers est considéré comme éternel et immuable, n’ayant ni début ni fin, parfait, homogène dans l’espace et le temps. Ce concept soutient d’ailleurs de façon implicite la notion d’un dieu immuable de certaines religions.
Pour la tradition philosophique indienne, l’immuable et l’éternel ne sont pas spécifiquement un dieu. C’est un absolu sans qualités ni attributs, possédant en lui-même l’aptitude à la manifestation mais aussi à la non-manifestation.
« Le Tout est dans le Tout et si j’enlève le Tout, reste le Tout. »

C’est le concept métaphysique de Brahman ब्रह्मन्.

Il contient donc en lui-même son caractère immuable et intemporel tout en étant aussi évolutif, pareil à la manifestation, aspect de la théorie évolutive du big bang.
Pour cette dernière, l’univers est en expansion et il a une histoire avec un passé chaud et dense qui change au fil du temps.
L’univers se dilaterait à partir d’une quantité fixe d’énergie initiale mais de la matière se créerait à partir de rien en permanence pour maintenir une densité constante.
Dans les années 1960, deux preuves ont validé cette théorie apparentée à un dogme religieux ; les Quazars et le Fond diffus Cosmologique.

Les quasars sont des objets cosmiques lointains qui appartiennent au passé et diffèrent de ceux de l’univers récent, prouvant ainsi que l’univers évolue.

Le fond diffus cosmologique quant à lui, est lié à la découverte d’une lueur fossile, un rayonnement thermique baignant l’univers qui valide le concept d’un départ ultra-chaud et dynamique.
En aparté, les ṛṣi ऋषि parlaient déjà en d’autres termes de leur perception de l’univers, tant en perception du son fondamental pouvant être assimilé aujourd’hui à la radiation cosmique qu’en luminosité et énergie suprême.

Le son et la lumière étant des paramètres incontournables à l’activation yoguique de l’énergie suprême et de la supra-conscience.

Si l’univers à un début, la question scientifiquement métaphysique de l’avant big bang s’est imposée d’elle-même.
Stephen Hawking réfutait l’absurdité de se demander ce qu’il y a au nord du pôle nord. Si le big bang était l’origine du temps, il n’y a pas de temps avant.
Si le big bang est un début absolu, se pose le problème de la contingence.
Elle désigne le caractère de ce qui peut se produire ou non, être autrement qu’il n’est - ce qui est possible mais pas garanti.
Le manifesté ou non manifesté du Brahman.

Pourquoi cet univers, pourquoi nous ?

Certains physiciens matérialistes parlent d’un vide primitif quantique instable.
L’univers aurait pu surgir d’une fluctuation spontanée. Le néant absolu ne peut donc exister philosophiquement et l’univers est toujours prêt à matérialiser.
Dans la cosmologie contemporaine, et c’est elle qui nous intéresse, on parle de l’éternel rebond et du temps cyclique.
Les dernières théories comme celle des cordes, pour ne citer qu’elle, réintroduisent un « avant » : le Big Bounce (le Grand Rebond).

Le big bang ne serait pas une naissance mais le reflet d’un univers antérieur qui s’est effondré sur lui-même (un Big Crunch) avant de rebondir.

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Le big Bang ne serait donc qu’une manifestation locale parmi une infinité d’autres, voire d’autres bulles d’univers au sein d’un méta-univers éternel, le multivers.

Cela nous ramène à bien des légendes dont la plus parlante ici est celle de Mahāviṣṇu महाविष्णु
Nous avons déjà vu dans d’autres textes les concepts de « la nuit de Brahma », de la notion d’un « kalpa कल्प, une unité de temps particulière, de « la nuit de Śiva शिव ». Voir conf "Tāṇḍavam, la danse vigoureuse".

La légende de Mahāviṣṇu, endormi sur l’océan causal, est présente dans la littérature puranique ( पुराण purāṇa) mais aussi citée dans la tradition vaiṣṇava वैष्णव.
Allongé sur le serpent cosmique, Ananta-Shesha अनन्त शेष, les univers apparaissent et disparaissent au rythme de sa respiration. Cela symbolise les cycles infinis de la création, de l’existence et du retour à la source.

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Le cycle cosmique ici obéit à un rythme bien précis cadencé par les tempos suivants :
– l’expiration, les univers émanent de lui,
– la manifestation, les mondes existent, évoluent et abritent la vie.
– l’inspiration, les univers se résorbent dans la source divine.
Puis un nouveau cycle recommence.

D’un point de vue spirituel, toute existence dépend d’une réalité qui la dépasse. Ce que les yogis appellent le divin.
Une multitude de mondes peuvent être issus d’une source unique.
Pour les yogis, Brahman, l’absolu inqualifiable est cette source.
Toute manifestation n’est éternelle dans sa forme actuelle et est assujettie au principe d’impermanence.
Quant au sommeil cosmique, le repos apparent du divin n’est pas sans puissance mais supra-conscience dans la non manifestation.
Ici le repos cosmique est assimilé au repos de Viṣṇu, le préservateur.

Autrement dit, nous sommes tous issus de cette même source et y retournons tous, peut-être très souvent…

Selon la cosmogonie du Mahāviṣṇu, c’est lors de l’expiration que se passe la naissance des univers qui émanent des pores de son corps, chaque univers possédant son propre espace, son propre temps et ses propres mondes avec leurs innombrables êtres ou manifestations diverses.

Philosophie ancienne et physique moderne, cosmogonie hindoue et cosmologie contemporaine du big bang ne se contredisent donc toujours pas.

Carl Sagan, astrophysicien des années 80 mettait déjà en évidence les corrélations des échelles de temps entre la cosmologie Védique et l’astrophysique d’aujourd’hui.
Souvenez-vous, nous avons déjà parlé de la danse cosmique de Śiva qui anéantit le monde actuel des hommes si ces derniers apportent le chaos.
Le monde bascule alors dans la nuit de Śiva dont la durée est assimilée à des millions de kalpa. Un kalpa étant le temps que mettrait un sage avec un mouchoir de soie à éroder la plus haute des montagnes. voir conf "Le Yoga et la flèche du temps...".
En termes de mesure, un kalpa est assimilé à un jour de Brahma, soit 4,32 milliards d’années, presque l’âge de notre terre. Alors que les cosmogonies occidentales ne parlaient que de quelques milliers d’années, les orientales se rapprochaient déjà des mesures cosmiques actuelles. Notre univers observable mesure à lui seul 13,8 milliards d’années.

Nous pourrions assimiler la danse cosmique de Śiva, Naṭarāja नटराज, qui maintient le monde tant qu’un de ses pieds est levé et qui le détruit lorsqu’il pose son pied, à l’énergie sombre.
Śiva est le destructeur des cycles qui permet la régénérescence des mondes.

L’énergie sombre (ou énergie noire) est une forme d’énergie hypothétique, invisible et uniformément répartie dans tout l’espace, qui agit comme une force de répulsion gravitationnelle à l’échelle cosmologique.
Elle est aujourd’hui considérée comme le moteur principal de l’accélération de l’expansion de l’Univers (découverte et prix Nobel de physique en 2011).
Représentant 70 % de la densité d’énergie totale de l’Univers actuel, elle surpasse la matière noire (25 %) et la matière ordinaire (5 %).
Répulsive, non gravitationnelle, elle possède une pression négative qui "pousse" les grandes structures de l’Univers à s’éloigner les unes des autres de plus en plus vite. Sa densité reste constante au cours du temps, même lorsque l’Univers s’agrandit.
Elle reste encore aujourd’hui une énigme pour la physique moderne.

L’énergie sombre accélérant l’expansion de l’univers, on parle alors pour la fin du cosmos du Big Freeze (le Grand Gel) ou le Big Rip le Grand Déchirement). Les galaxies vont s’éloigner au point de devenir invisibles les unes pour les autres, les étoiles s’éteindront progressivement et l’Univers deviendra un espace froid, dilué et obscur.

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La nuit de Śiva , le sommeil cosmique de Viṣṇu , est le Pralaya प्रलय, le principe qui sépare deux cycles de manifestation.
Pralaya signifie littéralement « dissolution », « réabsorption » ou « destruction » (composé de pra : « en avant, loin » et laya : « dissoudre, fondre »).
Dans la cosmogonie et la philosophie hindoue, il désigne la période de résorption de l’univers, marquant la fin d’un cycle cosmique avant une nouvelle création.

Les nouvelles conceptions du big bang transforment fondamentalement la nature du temps, anciennement linéaire en cyclique. Dans la philosophie hindoue, le temps est fondamentalement circulaire, le célèbre Kālacakra कालचक्र en est l’illustration.
A l’image du liṅgaṃ लिङ्गं, le temps n’y a ni début ni fin.

La cosmogonie hindoue attribue à ces cycles de manifestation une conscience cosmique (Brahman). La matière n’est qu’illusion, Māyā माया, un jeu divin ( Līlā लीला) à travers lequel la Conscience s’explore elle-même à l’infini.
La science moderne quant à elle, cherche des lois matérielles, mathématiques pour expliquer ces cycles.
Les mathématiques peuvent aussi relever du langage divin tant elles sont vertigineuses et belles pour l’esprit humain. Elles sont un des chemins parmi d’autres tout comme l’est la pratique yoguique. Elles ont toutes deux malgré tout un point en commun, à savoir l’art de se préoccuper du sens du pourquoi nous sommes là.

Cette conférence fait suite à un rêve d’il y a quelques nuits où je voyais sur un mur, une plaque scellée où était gravée la phrase suivante : « Le premier instant est-il éternel ? ».
Nous sommes parfois si près de la vérité.
Hari Om Tat Sat
Jaya yogacarya

Bibliographie :
– « Pourquoi existons-nous et pour quoi faire ? De l’origine du cosmos à l’émergence du vivant » de Marcus Hemford (Auteur), Quantum Cosmos :
– « Nouveaux mondes - La suite du classique de Carl Sagan » de Ann Druyan aux Edts Hachette
– Adaptation et commentaire de Jaya Yogacarya

©Centre Jaya de Yoga Vedanta Ile de la Réunion & métropole
Remerciements à C. Pellorce pour sa correction

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