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"L’insoumise"


 

"L’insoumise"

"Poésie mystique" : partie 1 

Conférence donnée par Jaya Yogācārya en cours de méditation le 4 mai 2018

Depuis de longues années, nous abordons la science du yoga aussi bien par sa dimension physique et énergétique que par son approche intellectuelle métaphysique.

Mener une démarche spirituelle véritable ne consiste pas à réduire son savoir au champ de l’intellect et de la culture. L’érudition dans ce domaine ne doit pas se suffire à elle-même pour se croire apte à faire l’expérience intime et transcendantale.
Elle doit pouvoir s’appuyer sur une pratique, une expérience concrète, une Sādhana साधना.

Le savoir est précieux certes et l’enseignement d’un guide s’avère nécessaire pour rappeler que les connaissances intellectuelles, pouvant être considérées comme un avoir, un acquis, ne garantissent en rien "La Connaissance Spirituelle", celle de l’être et de l’expérience, seule apte à mener à la libération.

Entre l’approche érudite et l’expérience spirituelle, il y a une affaire de conscience. L’illumination recherchée relève donc d’une expérience intime du réel et non d’une doctrine. Si certains mots sont nécessaires pour éclairer l’esprit, d’autres peuvent l’obscurcir.

Notre monde contemporain s’approprie parfois très bruyamment un savoir détenu par des êtres de silence pendant des milliers d’années. Dans ce monde d’aujourd’hui où les valeurs essentielles sont désintégrées, ce savoir ancestral est toujours là à notre disposition et c’est une grande chance pour le chercheur spirituel authentique.
Mais parfois, ce savoir est vulgarisé à coups de "com" et de livres grand public. En moulinant ce savoir sacré en produit de bien-être accessible, il y a une déperdition considérable pour le plus grand nombre de personnes, de la nature profonde de cette science spirituelle.
Le public est loin de se douter du grand fossé qui existe entre la connaissance traditionnelle et ses multiples ersatz et il est probable qu’il ne serait d’ailleurs pas prêt à entreprendre une démarche plus profonde et plus puissante s’il en identifiait le travail nécessaire.

C’est en effet, à coups de conseils multiples, tels se ménager quotidiennement, faire de temps en temps vingt minutes de silence ou de méditation, prendre soin de son corps et se détendre que l’on promet un grand changement à l’homme d’aujourd’hui.
C’est considérer les hommes contemporains, pathologiquement atteints par les pièges du stress et de l’action effrénée, dans la nécessité urgente d’un changement comportemental. C’est déjà pas mal me direz-vous, mais en fait, c’est peu leur offrir !
Le yoga a de très puissants outils disponibles, insoupçonnables pour une grande majorité de personnes, voire pour une grande partie de ceux qui le pratiquent superficiellement.
Dès que vous mettez beaucoup d’hommes en situation de désintoxication, d’effort, de contrôle, hors de leur zone de confort physique et intellectuelle, ils vont faire preuve pour une grande majorité d’entre-eux, de faiblesse, d’absence d’endurance, de compromis, de malhonnêteté intellectuelle, de facilité.
Ils préfèrent être bercés.
Ils préfèreront l’aquagym...
Je connais des êtres très brillants intellectuellement qui se targuent de faire l’économie de la réflexion métaphysique, du sens de l’existence et encore moins de l’effort physique.

Il devient risqué à ce stade là de leur parler de pâquerettes.
Je veux dire par là, que leur parler de poésie pourrait revenir à tendre la corde sensible qui les interpelle métaphysiquement ou celle qui me condamne définitivement à leurs yeux.

Et pourtant…

La sensation de soi-même et du monde a toujours été la préoccupation première de l’être humain. Les premiers textes sacrés ont eu pour but de traduire cette préoccupation et les anciens le firent d’abord intuitivement.
Les textes issus des hommes primordiaux, des voyants contemplatifs ayant été en contact avec les pouvoirs premiers de la nature, la terre, les éléments, les forces cosmiques, ont essayé de capter l’insaisissable essence de la vie.

Ils ont œuvré à décrire l’indicible qui par nature est indescriptible.

Même si l’éclairage scientifique a levé certains voiles de notre monde proche, les problématiques existentielles n’ont pas changé en ce qui concerne l’être humain et l’univers. Les grandes questions spirituelles sont toujours d’actualité.

Les ṛṣi ऋषि, les sages, n’étaient pas des esprits compliqués. Ils étaient des voyants et l’intelligence de leurs témoignages réside dans leur aptitude à la vision essentielle du réel, voire à la vison divine, ce que l’on appelle la vision transcendantale.

Ils le firent par une vitalité poétique qui touche à la perception intuitive du réel.

Arriver à parler de l’indicible dans un langage extrêmement clair et limpide, voilà le tour de force du langage poétique et plus encore de la poésie mystique.
Les grands textes anciens avant d’être de nature analytique furent synthétique.
Les grands textes de l’Inde étaient des récits poétiques.

A titre de rappel, nous allons trouver pour les plus essentiels :

- Le (ou les) Veda वेद (Veda signifie vision, connaissance). C’est un ensemble de textes qui, selon la tradition, ont été révélés aux sages indiens nommés ṛṣi et écrits entre le 20°S av JC et le 5°s Av JC. On les appelle les Śruti श्रुति, le terme signifiant « audition », « oreille ».
Cette « connaissance révélée » a été transmise oralement de brahmane à brahmane au sein du védisme, du brahmanisme, et de l’hindouisme jusqu’à nos jours sur une période indéterminée.

Nous allons trouver de même :

- Les Upaniṣad उपनिषद्, qui constituent la fin des Véda, sont plus tardifs et sont le nectar philosophique des Veda. La science de Vedānta वेदान्त s’appuie essentiellement sur eux.

- La Bhagavadgītā भगवद्गीता, “le Chant du Seigneur” est la partie centrale du poème épique du Mahābhārata महाभारतम्, “La Grande Histoire des Bhārata” de Vyāsa व्यास composé de 81 936 strophes, les shloka श्लोक.
En réalité, on ne sait s’il s’agit d’une œuvre collective, revue et modifiée au fil des siècles (IVe siècle av. J.-C. - IVe siècle apr. J.-C.), ou celle d’un unique poète, Vyāsa.
Vyāsa est un ṛṣi légendaire, auteur et compilateur.
Vyāsa est considéré surtout comme une fonction spirituelle et intellectuelle, le mot sanskrit signifiant « compilateur » et désigne les auteurs d’un grand nombre de textes et d’œuvres collectives. Il est aussi connu en tant que fondateur du Vedānta.

D’autres textes encore basés sur une écriture poétique sont :

- le Rāmāyana रामायण, « Le parcours de Rāma », est une épopée mythologique composée entre le IIIe siècle av J.-C. et le IIIe siècle de notre ère avec ses 48 000 vers et est attribuée à l’ermite légendaire Vālmīki वाल्मीकि, surnommé « Ādi Kavi » le « Premier poète ».

Charles Marie Leconte de Lisle fit un poème sur lui en 1881, “La mort de Vālmīki".

“Vālmīki, le poète immortel, est très vieux.
Toute chose éphémère a passé dans ses yeux.
Plus prompte que le bond léger de l’antilope,
Il a cent ans. L’ennui de vivre l’enveloppe."

- Le Gītā-Govinda गीतगोविन्द, “le Chant de Govinda” est un célèbre poème de l’hindouisme écrit par Jayadeva जयदेव, poète indien du XIIe siècle, poème lyrique sur les amours de Rādhā राधा et Kṛṣṇa कृष्ण, considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de la poésie pour son sanskrit élaboré.

En voici un extrait :

« On dirait que la nuit
Met du khôl noir à leurs paupières,
Et que les fleurs du laurier noir
Font des bouquets à leurs oreilles. ”

- Au-delà de ces grands textes classiques, de nombreux poètes mystiques ont jalonné la pensée spirituelle Indienne. Parlant rarement des femmes dans ce domaine, je citerai Mira Bai मीरबई (1498-1546), poétesse et mystique hindoue qui composa de nombreux bhajan भजन dédiés au dieu Krishna.
Je citerai aussi Lallā लल्ला (1320–1392) , la poétesse tantrique mystique du 14°S, qui appartient à la tradition shivaïte tantrique du cachemire. Elle fut considérée par ses pairs comme un Siddha सिद्ध, un maître accompli. Les sikhs, indous et musulmans chantent encore aujourd’hui ses textes.
Elle dépassait toute notion de caste, de dogme religieux et philosophique en chantant la totale liberté d’être. Sa vie n’a été guidée que par la seule quête de l’éveil dans la réalisation du Soi et l’identité au principe Śiva-Śakti शिव शक्ति. Imaginez le parcours tumultueux de cette femme hors norme en ces temps médiévaux.
Pour la citer :

"Née différente,
Dans quelle teinture m’a-t-on plongée ?
Les vents contraires me pénètrent,
Les roches acérées me déchirent.
Tous mes chants portent la même brûlure
Le Cœur béant. Sur quel banc de sable,
Ma barque va-t-elle s’échouer ?
"

Mais aussi :

"Si je parvenais à la conscience de mes canaux subtils,
Je pourrais projeter mon désir dans l’espace
Et faire couler l’ambroisie suprême.
Śiva n’est pas facile à toucher
Tel est l’enseignement.
"

Parmi les nombreux poètes de L’Inde, il y a bien sûr l’incontournable Rabindranath Tagore (1861–1941), poète Bengali, prix Nobel de littérature en 1913 dont je vous ai déjà parlé dans ma conférence “ L’irremplaçable espoir “.
Hors de l’Inde, je n’oublierai pas de citer, sans en parler davantage, l’immense poète mystique persan Djalāl ad-Dīn Rûmî, (1207 -1273).
Vous avez travaillé ce soir sur certains de leurs aphorismes.

L’ Alaṃkāra-śāstra अलङ्कार शास्त्र est l’art poétique sanskrit en général avec les études des figures de style, l’esthétique et ses règles d’écriture.
Kavi कवि est le mot sanskrit qui le plus souvent est traduit par poète mais qui a d’abord désigné les chefs d’écoles responsables de l’élaboration du Veda. C’est aussi un autre nom qui qualifie les ṛṣi, ces prophètes qui ont eu la révélation divine.

Le sanskrit est la langue sacrée des Dieux, langue des phonèmes sacrés censés représenter les énergies fondamentales de l’univers. Parfois, une simple syllabe est porteuse de nombreuses significations proches les unes des autres ou contradictoires selon le contexte. Le langage sanskrit est censé refléter l’ampleur de la vision divine et les auteurs sont les parties indissociables de l’absolu.

L’esprit Indien considère la manifestation comme le monde des polarités et de la dualité qui contient en lui l’infini inqualifiable.

Tout le propos de la poésie mystique va être de traduire l’expérience transcendantale avec ses intuitions, ses doutes, ses réalisations, sa compréhension profonde de la trame de l’univers.

Dans son excellent petit livre « La poésie sauvera le monde », Jean Pierre Siméon, auteur contemporain déclare la nécessité pour nos sociétés actuelles immergées dans l’information immédiate et la saturation visuelle, coupées avec le réel, prises au piège du langage technocrate, de se reconnecter à la lecture libérée et libératrice du poème.

Il considère la poésie insoumise au réel normalisé. Il dit bien ;
« plus une société est antipoétique, plus la poésie devient l’argument théorique majeur de sa contestation »
.

Il dit encore, « Le poète n’a pas droit de cité, non parce qu’on ne le veut pas, mais parce qu’on ne le peut pas ! ».

Le poème est un « être libre » tout comme l’est le fou mystique, car il réfute les limites du langage, le transcende pour libérer les subtilités du réel et la relation que nous entretenons avec lui.
"Le poème est un accélérateur de conscience" disait Roberto Juarroz, poète argentin du 20 °s.
J.P. Siméon nous dit encore : " Nos sociétés de divertissements multiples ont détourné l’homme de la pensée essentielle en saturant son esprit et ses organes des sens de narrations scénarisées et spectaculaires conditionnant notre vision du réel ".

Or pour le yogi, la vision du réel est le point d’orgue de sa quête.

Écouter le pas des fourmis, entendre la sève des arbres, voir sans les yeux, saisir l’immuable du moi profond est un réel pour lui qui ne relève pas de l’imaginaire mais de l’expérience directe.
Le silence, la sensation, l’écoute, la connaissance du son, du verbe, du temps, l’intuition, la lecture créatrice, la pulsation du corps, l’éveil de l’énergie consciente, sont les outils dont il se sert pour sa propre transcendance.
Cette qualité d’attention, cette attention d’être, cette aptitude à la transcendance est aussi celle de la poésie.

Le yogi en comprend son langage.

Pour finir, voici un extrait de la Śvetāśvatara Upaniṣad श्वेताश्वतर उपनिषद् ;

"Il serait plus facile à l’homme
de plier le ciel comme un drap
que de mettre un terme à toutes ses souffrances
sans se tourner ver Toi."

Hari om tat sat
Jaya Yogācārya

Bibliographie :
« Les Upanishads " traduction de Shearer et Russel aux Edts A.L.T.E.SS.
« Lallā, Chants mystiques du tantrisme cachemirien » de Daniel Odier aux EDTS Sagesses.
« La poésie sauvera le monde » de Jean Pierre Siméon aux Edts Le Passeur.
Commentaire et adaptation de Jaya Yogācārya
.

 

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